Escrime : des livres pour les fines lames


D’ESTOC ET DE MOTS

Qui n’a pas rêvé d’en découdre en lisant Les Trois Mousquetaires, Le Bossu ou, plus récemment, Le Maître d’escrime ? Il faudrait faire un sondage chez les escrimeurs pour connaître ceux qui ont décidé de s’adonner à l’exercice toujours renouvelé du jeu des armes après avoir passé des soirées, sinon des nuits, à vivre de ces aventures armées par procuration littéraire.

Lecteurs curieux ou collectionneurs plus avertis, voilà un petit tour de l’escrime vue à travers les bouquins, anciens et plus récents. Avec un petit bémol à l’appétit livresque : les livres consacrés à l’escrime étaient chers à l’origine. L’épreuve du temps n’a pas réduit leur prix. Bien au contraire. Certains des manuscrits évoqués ici ne sont donc pas faciles à trouver. Et pour certains, ils représentent un petit placement.

Littérature

Ce sont nettement les œuvres les plus abordables : elles existent souvent dans des formats de poche. Aventures, rebondissements, sur un fond historique plus ou moins étoffé, il y en a pour tous les goûts. Sélection :

*  La vie est un songe, de Calderon: Gallimard, Folio,

* Les Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas, Gallimard, Folio

* Le Comte de Monte-Cristo, d’Alexandre Dumas, Pocket,

* Le Vicomte de Bragelonne, d’Alexandre Dumas, Gallimard, Folio, 3 vol.,

* Le Bossu, de Paul Féval, LGF Livre de poche

* Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier, LGF Livre de poche,

* Le Chevalier d’Olmedo, de Lope de Vega, Actes Sud,

* D’Artagnan amoureux ou cinq ans avant, de Roger Nimier,                 Gallimard, Folio,

*Le duel, de Joseph Conrad, Ombres : c’est le court récit écrit en 1907 à Montpellier qui inspira la grand film, Duellistes, de Ridley Scott en 1977

* Le Club Dumas, d’Arturo Perez-Reverte, LGF Livre de poche. Et, encore plus intéressant son Maître d’escrime.

* Rocambole, de Ponson du Terrail, Laffont, Bouquins, 2 vol.. Le sens du climat et des rebondissements.

* Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand, Librio, On ne présente plus.

* Pardaillan, de Michel Zévaco, Laffont, Bouquins, 3 vol. Un maître du feuilleton populaire

*Mademoiselle Maupin, de Théophile Gautier (Flammarion). La version la plus connue mais pas la meilleure des aventures de cette amazone.

*La Maupin, de Gabriel Letainturier Fradin (Ed. Flammarion- 1904)

Dans l’édition d’origine, difficile à trouver, on se régale d’un récit mené de main de maître, et enrichi de quelques gravures d’époque. Incontournable.

Histoire

Nourris de références à de nombreux documents ou survols plus ou moins étoffés, voilà des livres qui méritent la lecture.

Croiser le fer de Pascal Brioist, Hervé Drévillon et Pierre Serna

(Ed. Champ Vallon, 2002)

Un travail fourni d’universitaires sur la culture de l’épée. Malgré quelques redites, on y trouve des informations très intéressantes sur les statistiques de la morgue du Grand Châtelet par exemple. La bibliographie est très complète.

La Légende de l’escrime, de Maître Jacques Castanet (Ed. Le Pas de l’Oiseau – 2009)

Pour qui connaît l’ancien maître de la Sorbonne, on ne peut que se plonger dans ce récit enlevé, facile à lire et bourré d’anecdotes. En prime, il y a une riche iconographie que cet Antiquaire de l’escrime a réunie. Notamment des documents étonnants sur l’escrime et la femme.

Duels, de Martin Monestier (Ed. Sand – 1991)

Dans ce gros volume, bien illustré, on se plonge avec plaisir. En découvrant des pages insolites comme celles consacrées à la « Mensur », une pratique spectaculaire du duel encore en vigueur en Allemagne aujourd’hui.

En garde – Du duel à l’escrime, de Maître Pierre Lacaze (Ed. Gallimard – Découvertes – 1991)

Cette collection est souvent remarquable. Une preuve de plus est apportée avec cette histoire synthétique, très richement illustrée.

Histoire de l’escrime, de Maître Pierre Lacaze (Ed. Plein Chant)

Réédité par un imprimeur curieux de tout, installé en Dordogne (il faut vraiment suivre ses productions), voilà un classique sorti quelques mois après la disparition de ce célèbre formateur. Et dont l’édition originale est pratiquement introuvable.

Le Chevalier de Saint-Georges. Le fils de Noémie de Daniel Marciano (Ed. Thespis- 2006)

Sous forme d’une fiction historique enlevée, l’auteur raconte la vie de ce métisse doté de talents très différents, aussi fine lame que grand musicien. Et grand séducteur. On dit même que, musicalement, il influença un certain Mozart.

La Mort en face – Histoire du duel de la Révolution à nos jours de François Guillet (Ed. Aubier- 2008)

Circonscrite dans le temps, cette histoire revient sur un « sport » auquel se sont adonnés, malgré les interdits, hommes politiques, artistes et journalistes. Dans un rituel à l’histoire mouvementée.

Sur le pré-Le Duel en France du Moyen-Age à nos jours, de Liliane Fonpudie (Ed. Jeux de plume -2004)

Retour sur quelques rencontres célèbres comme celles qui opposèrent Clémenceau, tigre des duels, à Déroulède ou Drumont.

Le Duel, une passion française 1789-1914 de Jean-Noël Jeanneney (Ed. Seuil – 2004)

Le Président de la bibliothèque de France est un historien érudit qui sait communiquer sa passion. La preuve avec ce parcours d’un rituel réglé comme un ballet. Quelques belles anecdotes.

Le Rire de Zorro, de Martin Winckler (Ed. Bayard – 2005)

Passionné de série, médecin, il raconte avec brio comment, au tournant du siècle dernier, la littérature donna naissance à une figure culturelle si forte.

En bonne compagnie, de Pierre Monier (Ed. Aléas – 2008)

Des interviews de Gérard Barray, de Mylène Demongeot et, bien sûr, de Jean Marais ne suffisent pas à rendre cette lecture attractive.

Le sport

L’escrime, de Daniel Revenu et Raymond Thomas (PUF- Ed Que sais je ? – 1992)

L’escrime, de Raoul Cléry (PUF- Ed Que sais je ? – 1973)

Deux classiques qui font le tour de la question mais datent un peu.

L’escrime

La technique, la pratique, la compétition de Jean-Philippe Parade, Gilbert Gérard (Éd. Milan – 2000)

Pédagogique et destiné aux jeunes escrimeurs

Le Maître d’armes, de Rémy Delhomme (Le Cherche Midi Ed – 2008)

Récit de l’enseignement initiatique d’un jeune escrimeur, signé d’un ancien membre de l’équipe de France. Une curiosité.

Tout sur l’escrime de Philippe Boisse et Sylvie Josse (Ed. Jean-Pierre Tallandier -1990)

Nourri de la pratique d’un de nos grands champions.

D’Estoc et de taille, de Roger Ducret (Ed. Mécidis – 1949)

Un autre classique d’un escrimeur de renomqui fait signe la formule de Musset : « Il n’y pas de maître d’armes mélancolique ». On y trouve quelques belles photos.

L’Escrime de J. Joseph-Renaud (Ed. Pierre Laffite & Cie – 1911)

A la pointe de l’épée d’Yves Dreyfus (Ed Le Pas de l’Oiseau). Ce médaillé olympique en 1966 retrace son parcours. On y suit les traces de l’enfant juif qui sous le nom d’Yves Doucet survit à l’occupant nazi avant de devenir un fin épéiste, gaucher, maniant avec dextérité une tierce coulée droit. Pas mal de champions défilent dans des pages, parfois non exemptes d’une certaine naïveté.

Toute une époque revit dans ces pages très documentées.

Deux rééditions sont à signaler, œuvre du maître Gérard Six :

*R. Capoffero – Gran simulacro dell’arte, e dell’uso della Scharma.(novembre 2000) avec notamment des illustrations, gravées sur cuivre de Raphaël Schiramirossi.

*Académie de L’Espée, de Gérard Thibault d’Anvers. Le plaisir de pouvoir consulter un classique.

Escrime artistique

Escrime de spectacle, de Maître Jean Promard (Ed. Archimbaud – 1993)

D’un spécialiste des combats à la dague et à la rapière comme à la canne, voilà un tour d’horizon complet du duel conçu comme un fin spectacle.

Théâtre héroïque, de Gabriel Letainturier-Fradin (Ed. Flammarion – 1900)

Pour qui veut découvrir les nombreuses scènes théâtrales où l’escrime parle, il faut absolument lire ce livre remarquablement écrit et très riche. Reste à le trouver et à se préparer à signer un joli chèque.

Guide pratique Escrime artistique, de Michel Palvadeau (Ed. Emotion primitive – 2009)

Tout à la fois historique et pratique avec des fiches claires, ce livre est une belle source d’informations pour le débutant comme le bretteur expérimenté.

Escrime artistique, de Bac H. Tau (Ed. Thespis – 2007)

Beaucoup de croquis donnent une vision claire des positions à tenir.

La Cascadeuse, de Gabrielle De Conti (Ed. L’Harmattan – 2005)

Comédienne et cascadeuse, elle a doublé pendant vingt ans des actrices célèbres.  Une écriture originale et parfois déroutante tant la vie privée et la vie publique sont mêlées.

De l’épée à la scène de Robert Heddle-Roboth et Daniel Marciano (Ed. Thespis 2005)

Dans des pages inégales, ce maître reconnu, qui travailla longtemps avec le Mime Marcel Marceau,   donne bien des pistes pour s’escrimer avec panache. En fin d’ouvrages, on apprécie des adaptations de scènes duellistes, extraites d’œuvres littéraires célèbres.

Le Dernier Duel, d’Eric Jagger (Ed. Flammarion – 2010)

Ecrit comme un polar, la reconstitution brillante du célèbre duel du 29 décembre 1386 entre Jean de Carrouges et Jacques Le Gris. Toute une époque revit dans ces pages brillantes.

BD

Tiffany, tome 1: escrime et châtiment (Ed. Delcourt – 2006)

Le charme des aventures d’une célibataire et escrimeuse hors pair.

Le Scorpio, de Marini et Desberg (Ed. Dargaud)

Lancée en 2000, une saga parfois inégale mais aux planches splendides en forme de thriller de cape et d’épée qui a bénéficié à son lancement des conseils éclairés de Maître Claude Carliez et du documentaliste Pietro Compagni.

Zorro, de Sydney Lima (dessinateur) et Don McGregor (Scénariste) (Ed. Glénat BD)

Tout juste sortie ( 3 volumes sont disponibles), l’histoire reprend le classique -Don Diego défend toujours la veuve et l’orphelin derrière son masque noir- mais modernisée. Zorro y vit des aventures houleuses en compagnie de la belle Eulalia Bandini dans une Amérique toujours sauvage. On est plus près du film de 1988 que des récits en noir et blanc mais ces aventure rythmées et insolites (on y voit notamment un Zorro à ski) sont conçues pour plaire aux jeunes générations adeptes des comics et manga.

CINEMA

Le Bossu-Le livre du film (Ed. Le Pré aux clercs) Outre les très belles photos, on retiendra le récit qui fait la part belle aux cascades signées Michel Carliez qui donne une version spectaculaire de la botte de Nevers.

Les 3 Mousquetaires, de Philippe Durant (Ed. Ciné Légendes -2000). Retour sur un récit qui inspira tant le 7ème Art avec notamment le chef d’œuvre du muet, de Diamant-Berger.

Positif : Le Cape, le Sabre et l’Epée, un numéro spécial remarquable sorti en août 2009, avec notamment les interviews des Carliez père et fils. Et des analyses passionnantes sur les combats venus d’Asie.

Ce tour d’horizon n’a pas la prétention d’être complet. Il vous reste à nous communiquer vos contributions pour enrichir le site de la salle. A bientôt donc, amis bretteurs.

F. Cardinali

Quand l’escrime fait son cinéma


Le dernier festival de Cannes l’a montré : le film de cape et d’épée a encore de beaux jours devant lui, si les producteurs suivent en investissant sur de tels projets. La preuve avec la présentation sur la Croisette de La Princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier (sorti le 3 novembre en salles) ou encore d’une ouverture placée sous le signe de  Robin Hood, de Ridley Scott. Depuis les premiers temps du cinéma muet, le film de cape et d’épée est vraiment de l’histoire ancienne. Une histoire qui, grâce à certains films, n’a pas pris une ride. Petite sélection pour (re)découvrir les grands moments d’escrime  sur grand écran.  Volontairement, n’y figurent pas tout un pan de films venus d’Asie et dont les chorégraphies méritent aussi le détour. Ce sera pour plus tard. Une chose est sûre : à voir les meilleurs de ces films, on se dit que, comme le dit Maître Claude Carliez , « le » spécialiste des cascades au cinéma, dont le fils Michel a repris le flambeau, « une épée doit parler » pour que le film sorte des combats mille fois vus.

Incontournables

Duellistes,  de Ridley Scott. Tirée d’un court roman de Conrad, cette histoire de querelle d’honneur sur fond de guerres napoléoniennes est une référence en terme de cascades. Les combats entre Harvey Keitel et Keith Carradine sont splendides, notamment la séquence à cheval.

Le Bossu, d’André Hunebelle, avec évidemment Jean Marais

Cyrano et d’Artagnan d’Abel Gance avec la mythique rencontre de deux vrais héros campés par José Ferrer et Jean-Pierre Cassel

Les Aventures de Robin des bois, de Michaël Curtiz, pour voir et revoir Errol Flynn au sommet de son art.

Les Trois Mousquetaires d’Henri Diamant-Berger, un bijou du Muet longtemps considéré comme disparu

Scaramouche, de George Sidney avec le final mythique  entre Stewart Granger et Mel Ferrer qui, grand danseur, avait chorégraphié le combat ultime. Il a demandé une semaine de tournage.

Le combat final d'anthologie entre Mel Ferrer et Stewart Granger

Classiques

Les Trois Mousquetaires de George Sidney. L’autre version à conserver avec Gene Kelly plein de fougue

Le Signe de Zorro, de Fred Niblo avec Tyrone Power (Le cinéaste était déjà à l’origine de  la prestation mémorable de Douglas Fairbanks dans le film éponyme de 1920)

Le Capitan, d ‘André Hunebelle, un des classiques de Jean Marais

La Tour de Nesle d’Abel Gance avec Pierre Brasseur.

Ivanhoé, de Richard Thorpe avec Robert Taylor

La Tulipe noire de Christian-Jaque avec Alain Delon dans un rôle double

L’Aigle des mers, de Michael Curtiz avec Errol Flynn

Scaramouche, d’Antonio Isasi Isasmendi pour l’élégance et la prestance de Gérard Barray

Le Cavalier Mystérieux de Ricardo Freda avec Vittorio Gassman.

Fanfan la Tulipe, de Christian-Jaque avec Gérard Philipe et le célèbre combat sur le toit autour de la cheminée avec Noël Roquevert

Les Contrebandiers de Moonfleet, de Fritz Lang avec Stewart Granger

Le Bossu, de Philippe de Broca où Vincent Perez  participe à  des assauts d’une grande beauté.

Le Masque de Zorro de Martin Campbell pour les chorégraphies originales avec Antonio Banderas, premier acteur latino à  jouer ce héros dans une production américaine), Anthony Hopkins et, pour le charme, Catherine Zeta-Jones

Cyrano de Bergerac, de Jean-Paul Rappeneau avec Gérard Depardieu, Philippe Volter

Par l’épée, de Jeremy Kagan avec F. Murray Abrahams et Eric Roberts pour l’originalité de ce récit de vengeance qui se déroule dans une salle d’armes moderne  à New-York

Le Maître d’escrime, de Pedro Olea avec Omero Antonutti et Assumpta Serna, une belle adaptation du roman éponyme d’Arturo Perez-Reverte

F.C.