Révérence pour Jean Promard !


Avec la discrétion qui était son apanage, le maître Jean Promard a tiré sa révérence, lui qui l’avait enseigné à tant de bretteurs, dimanche dernier.  Hommage à une fine lame et à un maître qui aimait transmettre ses valeurs.

Quand quelqu’un disparaît, les réseaux sociaux jouent désormais l’allegro et les témoignages abondent. Parfois, il est plus question de soi… que de la personne qui vient de disparaître. Ironie de la génération selfie. Il faut donc laisser du temps au temps avec parfois de s’exprimer.

Jean Promard n’est plus. Une kyrielle de comédiens et de bretteurs savent le tribut qu’ils doivent à ce maître d’armes qui, à la Cité Universitaire de Paris notamment, leur fit faire bien des gammes. D’autres se souviennent comment, quand tel grincheux de l’escrime pratiquait l’échauffement martial, sans âme et ennuyeux l, Jean Promard savait vous échauffer le corps, et parfois l’âme, avec quelques mouvements de Taï Chi Chuan qu’il pratiquait aussi, sans élever la voix et avec une infinie patience. Car l’homme était aussi un conteur qui aimait évoquer ce Cambodge lointain qui lui était cher au cœur.

Lors d’une dernière conversation téléphonique avec lui, alors que nous étions calfeutrés chez nous, crise sanitaire oblige, en mars dernier,  nous avions, une fois de plus, évoqué la passion des armes et pas les soucis de santé que ce maître d’armes avaient pu connaître, sans jamais les étaler. La voix était claire, le timbre joyeux. Mais, à 86 ans, la vie se joue sur un fil et maître Jean est parti, sans tapage,  se promener du côté du paradis des fines lames…

Dans son livre Escrime de spectacle, Jean Promard décrivait en ces termes le lent travail pour former quelqu’un qui veut devenir un bretteur  : « Le cheminement est fluctuant, la patience, la persévérance ne sont pas des qualités communes à tous. Il y a parfois de la démobilisation suite aux premières courbatures car nous travaillons selon le principe du transfert gestuel. Le jonglage, les spirales que font les rubans au bout des bras tendus, les brisés, les enlevés, les couronnés des cannes associés au placement du corps en général, forment le principe de base de la coordination. » Ceux qui ont travaillé sous sa houlette son « ballet des marquis »  savent de quoi  il parle…

Pour rendre hommage à Jean Promard, il faut peut-être « simplement »  poursuivre, chacun à son niveau, la dynamique qu’il avait, avec un petit groupe de maître d’armes, su insuffler sur les pistes de l’escrime dite « artistique ». Salut au maître ! Un homme n’est plus, son enseignement lui perdure.

Une petite vidéo que l’on doit à Michael Müller-Hewer, un des piliers de la belle époque de la Cité Universitaire. Merci à lui !

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